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	<title>L&#039;engagement républicain et le sentiment d&#039;appartenance à la Nation &#187; Non classé</title>
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	<description>Consultation publique</description>
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		<title>&#8220;La Nation française, un héritage en partage&#8221;</title>
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		<pubDate>Wed, 15 Apr 2015 07:29:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Présidence du Sénat</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le Président du Sénat a remis ce matin au Président de la République son rapport : « La Nation française, un héritage en partage ». Cette réflexion, conformément à la demande du Président, a été menée sur les moyens de renforcer le sentiment d’appartenance à la République française.

Ces travaux auront été l’occasion pour Gérard Larcher de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le Président du Sénat a remis ce matin au Président de la République son rapport : <em>« La Nation française, un héritage en partage »</em>. Cette réflexion, conformément à la demande du Président, a été menée sur les moyens de renforcer le sentiment d’appartenance à la République française.</p>
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<p>Ces travaux auront été l’occasion pour Gérard Larcher de conforter cette idée que le renforcement de <strong>l’engagement républicain et celui du sentiment d’appartenance à la Nation étaient indéfectiblement liés</strong>.</p>
<p>L’engagement républicain se traduit par une adhésion à des valeurs et à des symboles. Il repose sur un projet commun et un destin collectif rassemblant les citoyens au-delà de toute différence sociale, territoriale, religieuse et ethnique.</p>
<p>Or la société française est aujourd’hui soumise au risque d’une fragmentation qui peut conduire le communautarisme à prendre le pas sur la communauté nationale.</p>
<p>Dans son rapport, Gérard Larcher a souhaité aborder les points de fragilité de notre cohésion nationale mais aussi les motifs qui peuvent redonner espoir dans le redressement de la France et la réaffirmation de ses valeurs.</p>
<p>Le rôle de l’école, le contrôle des flux migratoires, le risque d’un éloignement territorial entre la France métropolitaine et la France « d’à-côté » ou la relation de l’État avec les cultes, et tout particulièrement avec l’Islam, ont fait l’objet d’une attention particulière. La place de l’engagement électif pour la cohésion de la Nation et le maillage que constituent les élus locaux ont été également soulignés.</p>
<p><em>« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde »</em> disait Camus, c’est précisément ce contre quoi s’est dressé le Président du Sénat, car en niant les réalités depuis trop longtemps, en se voilant la face par lâcheté, il est impossible de réfléchir et surtout d’agir.</p>
<p>Le gaulliste qu’il est depuis toujours, a puisé dans cet héritage que constitue la Nation, la force nécessaire qui permettra à la France de se tourner résolument vers l’avenir en sachant affronter les défis qui l’attendent.</p>
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		<title>Entretien avec le Cheikh Bentounès</title>
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		<pubDate>Thu, 02 Apr 2015 09:32:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Présidence du Sénat</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<title>La Présidence du Sénat reçoit FONDAPOL (Fondation pour l&#8217;innovation politique)</title>
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		<pubDate>Fri, 20 Mar 2015 10:59:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Présidence du Sénat</dc:creator>
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		<title>Entretien avec François Chérèque, Président de l&#8217;Agence du Service Civique</title>
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		<pubDate>Fri, 20 Mar 2015 09:56:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Présidence du Sénat</dc:creator>
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		<title>Rencontre avec Jean-Louis Bianco, Président de l&#8217;Observatoire de la laïcité</title>
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		<pubDate>Wed, 18 Mar 2015 18:00:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Présidence du Sénat</dc:creator>
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		<title>Déplacement du Président du Sénat à l&#8217;Académie des sciences morales et politiques</title>
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		<pubDate>Tue, 17 Mar 2015 15:22:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Présidence du Sénat</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Palais de l’Institut de France, lundi 16 mars 2015, 10 heures

 M. Xavier Darcos, secrétaire perpétuel de l’Académie. – Ancien sénateur, je suis particulièrement heureux d’accueillir une délégation de la Haute Assemblée à l’Institut. Le Président du Sénat a sollicité l’avis de notre compagnie sur les moyens de renforcer la cohésion nationale autour des principes [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Palais de l’Institut de France, lundi 16 mars 2015, 10 heures</p>
<div style="float: right; margin: 0 0 15px 15px;"><iframe frameborder="0" width="480" height="270" src="//www.dailymotion.com/embed/video/x2joi2b" allowfullscreen></iframe></div>
<p><i class="fa fa-graduation-cap"></i> <strong>M. Xavier Darcos, secrétaire perpétuel de l’Académie.</strong> – Ancien sénateur, je suis particulièrement heureux d’accueillir une délégation de la Haute Assemblée à l’Institut. Le Président du Sénat a sollicité l’avis de notre compagnie sur les moyens de renforcer la cohésion nationale autour des principes fondamentaux de la République. J’y vois une occasion d’échanger entre le Sénat de la République et ce sénat de la République des lettres qu’est l’Académie des sciences morales et politiques.<span id="more-371"></span><br />
Lieu de sagesse et de raison au service de la connaissance et de l’intérêt général, l’Académie, lorsqu’elle le juge nécessaire, joue le rôle d’aiguillon dans le débat public, quitte à critiquer. Lorsqu’elle est sollicitée, elle se veut un conseiller libre et désintéressé des pouvoirs publics, en vertu de la mission reçue de ses fondateurs. La première fondation de l’Institut de France par la République en 1795 lui confère l’ambition humaniste et scientifique très large d’étudier l’homme en société. À Guizot, en 1832, elle doit son fort tempérament libéral ; liberté pour elle-même mais aussi pour les Français. Elle est dans la République, et pleinement indépendante. En période de crise, la tentation est grande de vouloir donner toujours plus de pouvoir à l’État ; l’Académie ne préconisera jamais de légiférer sur ce que doivent penser ou croire les citoyens.<br />
Notre pays connaît des circonstances dramatiques depuis le début de cette année. Une chose est de légiférer à la hâte pour apaiser une opinion publique troublée, une autre est de réfléchir à distance des événements, en prenant de la hauteur. La crise que connaît la France, l’inquiétude de voir les conflits internationaux s’immiscer au cœur de notre société ne date pas d’aujourd’hui. De notre hauteur de vue dépend la justesse de notre diagnostic, et de la justesse de notre diagnostic dépend l’efficacité du remède. Évitons à la fois les lamentations et les incantations. Dans la seconde partie de la Démocratie en Amérique, Tocqueville, figure éminente de notre compagnie, écrivait : « Le monde politique change ; il faut désormais chercher de nouveaux remèdes à des maux nouveaux. Je ne crois pas les périls insurmontables. Ayons de l’avenir cette crainte salutaire qui fait veiller et combattre, et non cette sorte de terreur molle et oisive qui abat les cœurs et les énerve. »<br />
L’Académie vous présentera à plusieurs voix le texte commun qu’elle a adopté lundi dernier. Nous espérons un débat constructif et le plus ouvert possible. </p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher, président du Sénat.</strong> – Je me suis permis de solliciter l’avis de l’Académie des sciences morales et politiques parce que l’une de ses ambitions est précisément de décrire scientifiquement la vie des hommes en société.<br />
Les attentats survenus à Paris les 7, 8 et 9 janvier 2015 ont frappé notre pays au cœur. Ces actes barbares ont coûté la vie à dix-sept personnes : les journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo ; les victimes de l’attaque de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, qui a rouvert ses portes aujourd’hui ; et les policiers sauvagement assassinés. Ils ont pris pour cible les droits qui fondent notre civilisation : la liberté d’expression, la liberté de la presse, la liberté de conscience ainsi que le droit à la sûreté et à la sécurité.<br />
La gravité des événements fait consensus. Mais si Jacques Julliard évoque une « béance dans la cohésion nationale » et un autre observateur un « délitement du sentiment républicain », les mots manquent pour définir le sentiment d’horreur puis de malaise qu’ont suscités ces attentats et certaines des réactions qu’ils ont déclenchées.<br />
Après leur survenue, le Président de la République m’a demandé de réfléchir au « renforcement de l’appartenance républicaine » et à formuler une série de propositions susceptibles de raffermir le lien civique avec la Nation. J’ai accepté de conduire cette mission dans le respect du principe de séparation des pouvoirs tout en inscrivant ma démarche dans le cadre de mes fonctions de Président du Sénat. Par tradition, la Haute Assemblée est, en effet, le lieu du débat et de la liberté d’expression.<br />
Il n’est pas anodin que le chef de l’État ait sollicité directement le concours d’un président d’une assemblée parlementaire pour mener une telle tâche. Il est d’usage que le Gouvernement confie à un parlementaire une mission de réflexion, généralement sur un thème spécifique. La présente sollicitation est remarquable à deux titres. D’une part, le président d’une chambre, qui plus est d’une sensibilité politique différente de celle du Gouvernement, est, de par sa fonction, appelé à arbitrer et dépasser les clivages qui animent le débat démocratique au sein de son assemblée. Il lui appartient de défendre l’intérêt général au-delà des contingences politiques. Il est donc fondé à réfléchir sur l’ensemble des moyens susceptibles d’être mis en œuvre pour réaffirmer, promouvoir et protéger les valeurs qui cimentent notre Nation. D’autre part, le Sénat, avec ses spécificités institutionnelles, exprime également, en tant qu’assemblée parlementaire, la volonté générale, et forme légitimement le vœu national. C’est d’ailleurs l’essence même de notre régime représentatif bicaméral.<br />
Or le désenchantement manifesté par une partie de nos concitoyens à l’égard de nos institutions démocratiques trouve précisément sa source dans l’effritement de la confiance accordée par les électeurs à leurs représentants. En ces temps de crise persistante de la représentation et de montée de l’antiparlementarisme, il est primordial de replacer au cœur de notre contrat républicain le renforcement de la confiance dans les institutions représentatives. Cette confiance ne pourra être reconquise que patiemment, après avoir été soumise à l’examen des faits et des résultats.<br />
Comme l’observe Marcel Gauchet, « les citoyens savent bien la difficulté des problèmes, ils n’exigent pas des politiques qu’ils les règlent du jour au lendemain, mais qu’ils les nomment, ce qui est un acte positif, pacificateur. » Oui, l’usage d’une novlangue politiquement correcte a affaibli la force de nos valeurs et de nos principes ; elle a progressivement détourné le verbe, puis le regard de situations qui devraient pourtant appeler, conformément à notre tradition historique, des réponses fermes et résolues. Même les concepts les plus essentiels s’en sont trouvés affadis. « La République, invoquée avec sacralité », analyse avec justesse Shmuel Trigano, est devenue « une hypostase politiquement correcte de la Nation que l’on [n’ose] plus invoquer, ni évoquer et que l’on [a] de fait, abandonnée au Front national. » Pour moi, notre Nation reste une force, un point de référence au milieu de l’océan d’un environnement mondialisé. Beaucoup de Français en ont conscience, d’autres moins. La marche du 11 janvier, si elle a constitué un véritable sursaut, n’a malheureusement pas rassemblé l’ensemble de nos concitoyens.<br />
Comment donc faire resurgir le désir de vivre ensemble ? D’après Ernest Renan, « une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment de sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé, elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. » Ma conviction est que la Nation française est un héritage à partager, qu’il nous appartient de faire vivre et de transmettre. C’est également la manière de devenir et d’être citoyen français qui doit être repensée.<br />
Ce champ de réflexion est si vaste qu’il est facile de s’y perdre. Merci d’avoir accepté de nous apporter votre éclairage.</p>
<p><i class="fa fa-graduation-cap"></i> <strong>Mme Chantal Delsol, président de l’Académie.</strong> – Nous menons nos réflexions depuis un mois environ. Dans la position commune qu’a prise l’Académie lundi dernier, signée par l’ensemble de nos confrères, nous insistons sur la distinction à opérer entre appartenance à la République et appartenance à la communauté nationale, quand bien même les deux notions se croisent. La République française est une démocratie ; la communauté nationale, renouvelée en permanence par des personnes d’origines diverses, est le groupe constitué par la Nation, caractérisé par le fait et la volonté de vivre ensemble, par des biens communs, des buts communs, des intérêts communs et une histoire commune. Dans la crise actuelle, c’est moins l’appartenance républicaine qui est en cause que le sentiment d’appartenance à la communauté nationale. La France n’est pas une Nation ethnique mais une Nation civique. Nul ne peut cependant s’enraciner dans une abstraction. La cohésion nationale ne saura donc se renforcer qu’autour de la Nation, la  « terre charnelle » de Péguy, nourrie de paysages et de récits. La cohésion nationale ressort à un attachement, pas seulement à des connaissances. Le civisme n’est pas seulement conceptuel, il est affectif. Cela passe par la conscience de faire partie d’un groupe dont l’identité s’est constituée par une histoire. La première condition est donc d’assurer à tous ses membres une connaissance réelle de l’histoire, de la géographie et une bonne maîtrise de la langue française. </p>
<p>Les « valeurs » républicaines ont tout leur rôle, à condition que ces principes soient entendus dans leur existence réelle et exigeante : la liberté comme possibilité de choisir ce dont on est responsable, et non liberté de faire n’importe quoi, l’égalité comme égalité des chances honorant le mérite, la fraternité inspirée par la bienveillance et respect envers autrui.</p>
<p>D’où le rôle essentiel de l’enseignement. Il faut intégrer dans les programmes d’histoire de France et d’Europe un récit suivi, étudier les grands textes littéraires qui forment notre patrimoine commun,  redonner tout son lustre à l’instruction civique et à l’acquisition par les jeunes d’une culture commune. Insistons sur ce qui nous unit dans l’espace et dans le temps. Les rites et symboles de la vie publique peuvent contribuer à affermir le sentiment d’appartenance nationale : hisser le drapeau, chanter la Marseillaise sont des signes forts de cette appartenance à la terre commune et ne doivent pas être considérés comme honteux. </p>
<p>Il faut restaurer l’autorité au sein de l’Éducation nationale, alors que des groupes d’élèves interdisent des pans entiers du programme. Tout cela suppose un environnement législatif et règlementaire clair, la sécurité des biens et des personnes sur l’ensemble du territoire. C’est une œuvre de longue haleine, elle devra être portée par une volonté forte et une persévérance inlassable.</p>
<p>J’ajoute enfin, à titre personnel, qu’il est illusoire et infantile de croire que l’on pourra « enseigner » la laïcité. C’est au contraire un long apprentissage qui s’inscrit dans les les mentalités; cela commence par le respect des religions et donc par le refus de panthéoniser les contempteurs professionnels de la religion. Dieu seul est laïc, comme le disent les protestants !</p>
<p><i class="fa fa-graduation-cap"></i> <strong>M. Yves Godemet, académicien.</strong> – Quelques mots sur la laïcité, valeur de la République, telle qu’elle est proclamée actuellement. Bien nommer les choses est le premier devoir des politiques et des intellectuels. La dernière livraison de l’excellente revue Commentaire fait état d’un sondage révélateur : 46 % des Français font de la laïcité la première des valeurs républicaines ; le suffrage universel qui remporte 36 % des voix, la liberté d’association seulement 8 %. La laïcité est définie par les sondés comme la possibilité laissée à chaque citoyen de pratiquer sa religion ; c’est l’exacte définition de la liberté religieuse. Si celle-ci figure dans la Déclaration des droits de l’homme de 1789, c’est comme concession faite aux autres religions par les catholiques ; il y est affirmé que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses. »</p>
<p>Le terme de laïcité n’apparait que dans les débats de la loi de 1905 – mais ne figure pas dans la loi elle-même, que l’on présente comme la charte de la laïcité. Son article 1er consacre non pas la laïcité mais la liberté religieuse : liberté d’opinion absolue, liberté de manifester sa religion qui doit, elle, composer avec les autres religions et le respect de l’ordre public. Le principe de laïcité figure dans la Constitution depuis 1946 ; l’actuelle Constitution affirme que la République est laïque, assure l&#8217;égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction de religion et respecte toutes les croyances. Le Conseil constitutionnel a vérifié que notre conception de la laïcité était bien compatible avec à l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme qui proclame la liberté religieuse. La laïcité n’est pas l’ignorance des religions ; elle est la forme française de la liberté religieuse, à laquelle nous sommes constitutionnellement et conventionnellement tenus. </p>
<p>Quel est le contenu de ce principe constitutionnel ? Tel qu’il figure dans notre loi fondamentale, le principe est plutôt organique : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. » Il s’agit d’une modalité institutionnelle de mise en œuvre d’une liberté fondamentale.</p>
<p>Le Président de la République, lorsqu’il était candidat, avait pris l’engagement, peut-être un peu général, de constitutionnaliser la loi de 1905. Le Conseil constitutionnel a tempéré les choses dans sa décision du 21 février 2013 sur le statut des cultes en Alsace-Moselle, faisant le tri entre ce qui a vocation à être constitutionnalisé et ce qui est de nature législative – sachant que la loi a déjà subi une quinzaine de modifications depuis 1905. De la Constitution, écrit-il, « résulte la neutralité de l&#8217;État » ; « il en résulte également que la République ne reconnaît aucun culte ; que le principe de laïcité impose notamment le respect de toutes les croyances, l&#8217;égalité de tous les citoyens devant la loi sans distinction de religion et que la République garantisse le libre exercice des cultes ; qu&#8217;il implique que celle-ci ne salarie aucun culte. » Pour autant, il reconnaît l’exception du droit local d’Alsace-Moselle.</p>
<p>De fait, l’interdiction de reconnaître un culte signifie non pas que l’État ignore les religions mais qu’il n’existe pas de religion d’État, qu’il est neutre. Et la neutralité de l’État implique un égal traitement, non de toutes les religions, mais des citoyens devant la loi sans distinction de religion. Il s’ensuit que l’État peut reconnaître le fait social qu’est l’exercice d’une religion – ou l’exercice d’une non-religion. La liberté de conscience, absolue, s’exerce sans restrictions aucune ; la liberté de manifester sa religion doit, elle, composer avec l’ordre public et les égards dus aux autres religions.</p>
<p>L’interdiction de subventionner un culte, inscrite à l’article 2 de la loi de 1905, n’est pas constitutionnalisée. D’ailleurs, des mécanismes de subvention existent, qui correspondent à la garantie du libre exercice des cultes. Il y a la satisfaction d’un intérêt général dans lequel peut s’inscrire la volonté de favoriser l’exercice d’un culte.</p>
<p>J’ai parlé en juriste en me souvenant des mots de Camus : « Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde. »</p>
<p><i class="fa fa-graduation-cap"></i> <strong>M. Jean-David Levitte, académicien.</strong> – L’Académie a insisté, à raison, sur l’enseignement de l’histoire pour créer ce sentiment d’appartenance à la communauté nationale. On ne peut ignorer la dimension liée à la construction de l’Union européenne. Or une distance s’est progressivement créée entre les citoyens et le projet européen, source de malaise. Qu’y faire ? L’expérience du manuel d’histoire franco-allemand ne peut être étendue aux 28 États membres, d’autant que notre histoire est surtout faite de conflits et de batailles. En revanche, ne pourrait-on pas ajouter deux ou trois chapitres, rédigés en commun, aux manuels des 28 États membres pour souligner, au-delà de nos histoires nationales, notre appartenance à l’Europe, à cette Europe  qui nous a dotés d’un héritage, l’héritage judéo-chrétien, de la Renaissance et de des Lumières, et de valeurs, de principes – les droits de l’homme, la démocratie – qui font que  nous sommes des Européens et non des Indiens ou des Chinois.</p>
<p><i class="fa fa-graduation-cap"></i> <strong>M. Jean-Robert Pitte, académicien.</strong> – Nous sommes tous extrêmement fiers du droit du sol, fondement de la Nation française, hérité de Rome et du christianisme. Était Romain qui voulait l’être pourvu qu’il accepte la vie en commun dans la cité. Saint-Paul écrivait aux Galates : « Il n&#8217;y a plus ni Juif ni Grec (…) car vous êtes tous un en Jésus-Christ. » Ce fondement de la Nation, nous le partageons avec l’Amérique du Nord, l’Amérique latine et, dans une moindre mesure, avec la Chine.</p>
<p>Le droit du sol implique des devoirs, or on n’en parle guère. Lorsqu’on vient dans un pays comme la France, on en fait sa terre d’élection, on la désire, on cherche à la connaître, à l’aimer, elle et les habitants qui y sont déjà présente. On jouit des mêmes droits – je vous renvoie à la parabole des ouvriers de la onzième heure – mais on doit aussi apporter sa pierre à l’édifice, donner le meilleur de soi-même. C’est à ce titre que l’on peut faire souche. Raison pour laquelle l’idée de Français de vieille souche n’a pas de sens.</p>
<p>Or tous les immigrants n’ont pas eu la même perception de ces devoirs. Les Asiatiques en sont très pénétrés, tout en cherchant peu à se mélanger. Approfondissons cette réflexion au sein de l’école, même si cela ne sera pas simple à expliquer dans un collège de banlieue.</p>
<p>« Les hommes sont comme les pommes. Quand on les entasse, ils pourrissent », disait Mirabeau. Depuis la Révolution industrielle, nous avons apporté au problème du logement une réponse quantitative et non qualitative. Nous avons vidé les campagnes, quand l’Allemagne ou le Benelux maintenaient, eux, la population dans un tissu rural. Nous n’en finissons pas de payer cher cette négligence dans laquelle nous avons tenu le milieu rural – le Sénat le sait. La Datar, organisme moribond, a pensé l’aménagement du territoire autour des villes, de l’industrie, des grands moyens de communication. Jamais elle n’a eu de politique d’aménagement rural. Résultat, des centres-villes magnifiques, favorisés, aux prix dissuasifs, à côté desquels on a laissé se créer des banlieues dans lesquelles il n’est pas agréable de vivre. La loi Siegfried de 1894 disposait pourtant que le peuple doit être bien logé, car c’est le meilleur remède contre la haine sociale. La Loi Loucheur de 1928 favorisait l’accession sociale à la propriété des classes moyennes et populaires. Hélas, peu de ces splendides cités-jardins, très agréables à vivre et qui ont si bien vieilli, ont été bâties. Elles sont restées des exceptions, alors qu’en Grande-Bretagne ou en Allemagne, on réfléchissait à un habitat social de qualité. Le Corbusier a été l’inspirateur, par la Charte d’Athènes de 1933, de la politique des grands ensembles de l’après-guerre. Les 177 zones à urbaniser en priorité, ce sont aujourd’hui ces ghettos qui coûtent si cher et où fermentent les idées antinationales et la mauvaise intégration.</p>
<p>La France n’a pas une tradition d’intégration mais d’assimilation, soit. Mais peut-on assimiler dans ces grands ensembles où l’on ne compte que 10 à 15 % de Français de souche, pour reprendre une expression que j’ai critiquée tout à l’heure, le reste étant constitué d’étrangers aux origines diverses qui n’ont pas plus envie de s’intégrer que de s’assimiler ? Plus facile à dire depuis cette enceinte qu’à faire, mais je suis convaincu que ces grands ensembles ne peuvent pas être sauvés, qu’il faut les détruire et bâtir un habitat où puisse s’épanouir une vie familiale et sociale équilibrée, entre Français de toutes origines. Naturellement, cela suppose de retrouver pas une vie économique saine et le plein emploi.</p>
<p><i class="fa fa-graduation-cap"></i> <strong>M. François d’Orcival, académicien.</strong> – Notre position commune énonce, non des idées générales, mais des propositions pratiques, concrètes, qui vont de l’enseignement de l’histoire et de la géographie, de la langue française, de l’instruction civique – qui suppose l’autorité du maître – aux rites et cérémonials de la République. Pourquoi pavoisons-nous si peu ? Le drapeau, la Marseillaise, font partie de ces symboles ; c’est une évidence, ils sont d’ailleurs inscrits à l’article 2 de notre Constitution. J’y vois une sanction en creux de ce qui n’a pas été fait ou seulement tenté, faute de persévérance et de ténacité des pouvoirs publics. Combien de ministres de l’Éducation nationale ont-ils été ridiculisés depuis 30 ans pour avoir appelé à respecter ces cérémonials ? Quand cessera-t-on d’accueillir ces propositions naturelles avec dérision et ironie dans le débat public ?</p>
<p><i class="fa fa-graduation-cap"></i> <strong>Mme Marianne Bastid-Bruguière, académicienne.</strong> – Appartenant à une famille de très longue tradition républicaine, j’ai été sensible à la question que le Sénat a posée à notre compagnie. Quelques observations sur la pédagogie de la conscience nationale.</p>
<p>La culture morale doit reposer sur des maximes, dit Kant, car les maximes forment la manière de penser. Il est utile de d’élaborer un texte de référence, simple et clair et donnera des repères. On peut se référer facilement à des exemples anciens. Le problème, c’est l’application. Or ce ne sont pas seulement les jeunes qui ignorent ce qu’est la Nation, les professeurs aussi sont dans le désarroi. N’édictons pas de mesures prescriptives à l’échelle du pays. Chaque établissement, chaque classe, chaque groupe d’élèves est différent. De Nice à Lille, on ne peut transposer les mêmes formules. À chaque établissement d’élaborer, au cours d’échanges réguliers, sa pédagogie sur les principes. En appeler aux initiatives locales et aux bonnes volontés sera beaucoup plus efficace que de formuler une charte ; c’est l’expérience que je tire de mes observations dans d’autres pays. Créons un centre de ressources pour les enseignants, où ils puissent tirer inspiration de ce qui est pratiqué ailleurs, à droite comme à gauche, puiser des matériaux et qu’ils pourront eux-mêmes alimenter.</p>
<p>La révolution de 1789 associait citoyenneté et propriété. Pour les révolutionnaires, le vrai citoyen était le propriétaire. Si l’on ne peut pas faire de chacun un propriétaire, nous pouvons en revanche attacher les jeunes à un espace dont ils se sentent propriétaires. En Chine, au Japon, en Corée, les enfants commencent leur journée d’école en faisant le ménage dans leur classe. Il ne s’agit pas de mettre une serpillère dans la main des bambins, mais de leur demander d’essuyer les tables à tour de rôle, de s’occuper du jardin, de la cour de récréation, voire de participer à l’aménagement d’espaces dans leurs quartiers. À Saint-Denis, il est question de restaurer la flèche de la basilique et d’y associer les jeunes. Cela me semble une excellente idée.</p>
<p><i class="fa fa-graduation-cap"></i> <strong>M. Georges-Henri Soutou, académicien.</strong> – La clarté est plus nécessaire que jamais, évitons de nous payer de mots et d’illusions. Les valeurs républicaines, que nous avons tendance à penser comme universelles, sont françaises, issues de notre histoire. N’en faisons pas un gris-gris ou un moulin à prières, elles ne peuvent pas être adoptées spontanément par les nouveaux venus. Notre histoire le démontre, tout est question de rythme et de mesure. Si des populations d’origine trop diverses nous arrivent en masse trop nombreuses, et nous connaissons déjà le problème, un problème se pose. Ce programme n’a de signification que si l’on est décidé à garder le contrôle du territoire, des frontières, des flux de population.</p>
<p>On parle beaucoup d’organiser l’Islam. Méfions-nous de notre propension cartésienne à la symétrie, ne répétons pas l’erreur que nous avons commise en Algérie au XIXe siècle quand nous avons cherché à constituer un clergé musulman et une justice musulmane qui n’existaient pas auparavant. Évaluons les demandes, les musulmans de France ne demandent pas forcément que l’on organise leur culte ; ils souhaitent simplement vivre en paix dans l’espace public sans subir de discrimination. Ne créons pas de réalités qui n’existent pas, sinon dans notre esprit, et surtout lorsqu’elles ne sont pas réclamées ; procédons avec prudence en évitant l’écueil d’une organisation reconnue par l’État. D’après mes nombreux contacts, y compris familiaux, je sais la population musulmane soumise à de fortes pressions de part de groupes salafisto-islamistes. L’ordre républicain doit être fermement maintenu pour éviter ces pratiques qui s’apparentent au chantage.</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher, président du Sénat.</strong> – Merci pour vos contributions qui nourriront ma réflexion. Madame le président, votre compagnie considère l’appartenance à la communauté nationale plus importante que l’appartenance à la République. Soit, mais qu’est-ce que le principe de Nation ? J’aurais bien besoin de vos lumières…</p>
<p>Dans votre position commune, vous soulignez que « l’identité d’un groupe est constitué par une histoire, un espace, une culture dont la langue est le support. » Lorsque je faisais mes études, et j’en ai souvenir en tant qu’ président d’un syndicat étudiant, l’idée du multicultarisme qui efface la langue était déjà en vogue. Qu’en pensez-vous ?</p>
<p>L’instruction publique et l’instruction civique jouent effectivement un rôle de premier ordre. Je remarque toutefois que de nombreux Français quittent l’école publique. C’est particulièrement vrai de nos compatriotes juifs : en trente ans, la proportion d’enfants juifs à l’école publique est tombée de 70 à un tiers Les enfants ont rejoint les écoles confessionnelles juives et les écoles catholiques sous contrat où ils côtoient d’ailleurs des enfants musulmans. Maire aménageur, je sais que ces établissements catholiques ont des projets accueillants et respectueux quand, d’après ce que m’a confié un enseignant agrégé aux Minguettes, il est devenu impossible dans les collèges de quartier d’enseigner la biologie, sans parler de la Shoah ou de l’époque coloniale, de pratiquer le sport collectif mixte. Silence « abdicateur » de la République ! </p>
<p>La question de l’organisation de l’Islam est posée. Depuis l’édit de tolérance de Versailles et jusqu’en 1905, la France a eu un cheminement très particulier. Reste que, jusqu’en 1921, la nomination des évêques était soumise au ministre de l’intérieur. Après 1921, certains ont été récusés pour non compatibilité avec les valeurs de la République.</p>
<p>Je suis sensible à la question de la géographie pour avoir été rapporteur en 1995 de la loi sur l’aménagement du territoire, sous la houlette de Jean François-Poncet et face au ministre Charles Pasqua. Les gouvernements successifs ont abandonné toute politique d’aménagement du territoire, à l’exception de la politique urbaine – domaine que je connais pour avoir été, en 2004, ministre délégué auprès de Jean-Louis Borloo, alors ministre de la cohésion sociale, en charge de l’ANRU. </p>
<p>Dans les quartiers, la rotation des habitants est telle qu’il n’y a pas le temps pour l’assimilation ; les classes moyennes les fuient au plus vite, et ne jouent pas un rôle d’intégrateur. Sarcelles se vide au bénéfice de Saint-Mandé, M. le Grand Rabbin le sait. Ces réalités, ces glissements sont insupportables.</p>
<p>Peut-on continuer avec de tels flux migratoires, qui sont largement conséquence du discours d’Orléans du président Giscard d’Estaing sur le regroupement familial ? Peut-on continuer à intégrer, à assimiler ? </p>
<p>Peut-on avoir un langage vrai sur l’école ? Les réformes annoncées sur le collège ne semblent pas de nature à bouleverser l’économie générale…</p>
<p>Enfin, la question religieuse n’est pas dépassée. Les religions sont constituantes de la Nation – comme l’est l’absence de religion. Elles peuvent être facteur de richesse, de cohésion, de respect. Quelle peut être l’attitude d’un État neutre, qui ne soit pas le simple laisser-faire ? La République s’est souvent indignée du financement des religions par des pays étrangers – y compris du culte protestant à la fin du XIXe siècle par les pays d’Europe du Nord. Comment résoudre cette question, en conciliant neutralité et exigence ?</p>
<p><i class="fa fa-graduation-cap"></i> <strong>Mme Chantal Delsol, président de l’Académie.</strong> – Nous n’avons pas dit que l’appartenance à la communauté nationale était plus importante que l’appartenance au régime républicain : ce sont deux jambes, l’une est aussi importante que l’autre. Mais celle qui est mise en question actuellement, c’est bien l’appartenance à la communauté nationale.</p>
<p><i class="fa fa-graduation-cap"></i> <strong>M. Yves Gaudemet, académicien.</strong> – La neutralité de l’État vis-à-vis du fait religieux est un principe constitutionnel. Il est important de le distinguer de l’égalité de traitement des cultes. Il n’y a aucune obligation pour l’État de traiter tous les cultes sur un pied d’égalité – cela ne s’est jamais fait – mais il ne peut y avoir de religion d’État. La loi de 1905, telle que modifiée en 1908, fait d’ailleurs un avantage considérable au culte catholique.</p>
<p>La commission Machelon, dont je faisais partie, avait proposé que les associations musulmanes puissent bénéficier de baux emphytéotiques afin de construire des mosquées, plutôt que de dépendre de financements clandestins. Il y a une obligation positive d’intervenir : nous en avons les outils, que ce soit Outre-mer ou en Alsace-Moselle. Je m’étonne que nos concitoyens méconnaissent à ce point l’importance de la liberté d’association, qui est le support de toutes les libertés, et notamment de la liberté religieuse. C’est à travers les associations cultuelles que les religions peuvent obtenir des financements, de façon transparente. C’est une façon pour l’État d’intervenir, dans le respect du principe de neutralité, qui n’est ni abstention ni obligation de traitement égalitaire de toutes les religions.</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>Mme Fabienne Keller, sénatrice.</strong> – Merci de votre accueil, je suis très impressionnée de m’exprimer devant un tel aréopage.</p>
<p>M. Levitte a évoqué le rôle de l’enseignement de l’histoire pour donner sens à l’appartenance à l’Union européenne. Que pensez-vous de l’idée de travailler sur l’histoire commune entre la France et ses anciennes zones d’influence au Maghreb et en Afrique noire ? Je peux témoigner de la ségrégation spatiale dans nos villes. Les jeunes qui vivent dans ces quartiers idéalisent, à distance, le pays d’origine de leurs parents ou grands-parents. Ne faudrait-il pas aborder davantage le sujet de la colonisation, des combats communs que furent les deux guerres mondiales ? Je rappelle souvent que la Grande Mosquée de Paris fut construite en remerciement pour les Musulmans tombés dans les tranchées. Ne faudrait-il pas donner aux jeunes des repères communs ? </p>
<p>Le Concordat, que je vis à Strasbourg, peut être une source de réflexion apaisée, dans une relation plus institutionnalisée avec les religions. Cela permettrait d’aller au contact de cette nouvelle religion musulmane, présente en France depuis à peine un siècle et traversée par des mouvements divers, de l’accompagner un peu en subventionnant les lieux de cultes.</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>Mme Joëlle Garriaud-Maylam, sénatrice.</strong> – Sénatrice des Français de l’étranger, je suis frappée par la désaffection pour la France, par l’absence de sentiment d’appartenance. Pourtant, dès que l’on franchit les frontières, la France est respectée par la grande majorité des peuples, ses valeurs sont connues. Combien de gens savent que le Honduras remercie la France dans son hymne national ? En Grande-Bretagne, où j’ai vécu une dizaine d’années, on lit souvent des articles à la gloire de la colonisation britannique. En France, le sujet est tabou : on a de la colonisation une opinion très négative, on occulte ce qui a été fait. Il faudrait parler de manière plus positive de la présence française dans le monde !</p>
<p>Enfin, que pensez-vous de la notion de racines chrétiennes de l’Europe, qui a été refusée au niveau européen ? </p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher, président du Sénat.</strong> – Et par le gouvernement français !</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>Mme Joëlle Garriaud-Maylam, sénatrice.</strong> – M. Pitte citait Saint Paul… Ne faudrait-il pas rappeler ces racines spirituelles et humanistes ?</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. Louis Duvernois, sénateur.</strong> – À mon tour de remercier l’Académie, nous sommes sensibles à votre accueil. J’ai écouté avec beaucoup d’attention ce que vous avez dit et que vous avez bien dit. Nous le savons, pour le vivre au quotidien comme parlementaires. Je veux insister sur l’importance de la langue française. Pour paraphraser Camus, bien nommer les choses, c’est faciliter la compréhension du monde. Or nous ne le percevons pas tous de la même manière. Peut-on avoir un langage vrai sur l’école ? En l’état actuel des choses, non, pour les raisons que chacun sait. En ce premier jour de la semaine de la langue française et de la francophonie, n’est-il pas paradoxal que la géopolitique de la francophonie ne soit pas davantage enseignée et comprise ? M. le secrétaire perpétuel en connait l’importance, lui qui a présidé l’Institut français. Peut-on avoir un langage vrai sur l’école quand il y a effacement de la langue ? Cela mérite des réponses concrètes et éclairées. </p>
<p><i class="fa fa-graduation-cap"></i> <strong>M. Georges-Henri Soutou, académicien.</strong> – Le régime d’Alsace-Moselle est une magnifique démonstration que l’on peut trouver, sans franchir nos frontières, des façons différentes d’aborder bien des problèmes.</p>
<p>J’étais très réservé sur l’inscription de la notion de racines chrétiennes de l’Europe dans le projet constitutionnel. L’historien sait que le terme d’Europe n’est apparu qu’au moment des guerres de religion, quand la vieille notion de chrétienté n’était plus très opérationnelle… Certains vous diront que l’Europe s’est constituée sur la séparation entre État et religion. Enfin, le premier adversaire de cette notion, c’est l’église catholique elle-même, qui est universelle, et n’accepte pas de se laisser instrumentaliser.</p>
<p>Il est essentiel que les classes moyennes issues de l’immigration se développent, croissent et se multiplient. Là est le véritable transformateur pour dépasser nombre de nos problèmes actuels.</p>
<p>Concernant l’enseignement, ma marotte est l’apprentissage, progressivement abandonné en France alors qu’il se développe en Allemagne, en Suisse ou encore en Grande-Bretagne sous une forme différente et davantage qu’on ne le croit. L’apprentissage n’est pas mettre des jeunes gens derrière un rabot à quatorze ans : c’est une formation professionnelle poussée, qui est aussi théorique. Mais pour le relancer, il faudra passer sur le corps de l’Éducation nationale… J’y suis prêt pour ma part ! Encore faut-il que vous me le demandiez.</p>
<p><i class="fa fa-graduation-cap"></i> <strong>M. Jean-Robert Pitte, académicien.</strong> – L’Éducation nationale, la société de manière générale, ne sont pas assez exigeantes sur l’apprentissage de la langue, notamment auprès des nouveaux arrivants. Ne pas enseigner l’imparfait du subjonctif à un jeune originaire du Mali ou de Chine, c’est l’empêcher d’arriver à tenir sa place dans la société et de profiter de nos principes méritocratiques. J’ai souvent fait lire à mes étudiants Le Gône du Chaâba d’Azouz Begag, qui raconte, dans une très belle langue, son parcours, d’un bidonville de Lyon à un doctorat de sociologie ; il en remercie son institutrice, très exigeante sur la langue et l’orthographe. Appliquons donc les principes de la IIIe République, qui a su apprendre l’imparfait du subjonctif à des petits Bretons, des petits Corses ou des petits Basques qui n’entendaient jamais parler français chez eux !</p>
<p>Quant au regroupement familial, c’est une faiblesse de le considérer comme un droit absolu, immédiat, imprescriptible pour tout immigrant. Au vu des excès et des conséquences d’une telle approche, mieux vaudrait qu’il se mérite.</p>
<p>Nier nos racines chrétiennes est une absurdité. Il faut envisager toute notre histoire. Avec des inspecteurs généraux comme Dominique Borne, Xavier Darcos a œuvré à l’époque pour l’enseignement du fait religieux à l’école. Apprendre à des petits Sénégalais à dire « nos ancêtres les Gaulois » n’était pas absurde, mais au contraire très intelligent. Ce sont bien des ancêtres, des ancêtres culturels et non génétiques.</p>
<p><i class="fa fa-graduation-cap"></i> <strong>M. Jean-Claude Casanova, académicien.</strong> – Peut-on parler de supériorité de l’enseignement privé sur l’enseignement public ? Mise à part la dimension confessionnelle, la différence entre les deux systèmes réside surtout dans l’autorité du chef d’établissement et la place accordée aux parents. Deux idées que refuse le corps enseignant dans le public. Il faudrait renforcer l’autorité du chef d’établissement sur le corps enseignant, à l’instar de ce qui se fait en Allemagne ou en Grande-Bretagne. S’il est légitime de limiter la place des parents – il n’y a pas plus étranger à l’enseignement que l’État et les parents, dit Kant – une présence accrue d’élus locaux dans les conseils d’établissements serait la garantie d’une plus grande cohésion sociale : représentant le point de vue des parents mais sans le lien passionnel qui les lie à l’enfant, ils feraient évoluer l’enseignement public vers une plus grande fermeté.</p>
<p>La question de l’immigration est complexe ; elle exige, pour être résolue, une combinaison harmonieuse de fermeté et de liberté. Aristote identifie pour cause de la discorde civile la trop grande hétérogénéité des richesses et la trop grande hétérogénéité des peuples. C’est pourquoi il condamne la colonisation. L’immigration par contiguïté de la fin du XIXe siècle n’a pas posé de problème : un Ligure est très proche d’un Niçois, un Catalan espagnol d’un Catalan français. En revanche, l’immigration des années 1960-1970 a non seulement été un contre-sens économique – immigration non qualifiée quand la France avait besoin de main d’œuvre qualifiée – mais encore, étant donné la grande hétérogénéité de la population, a rendu plus difficile l’intégration.</p>
<p>Une politique d’immigration doit être acceptée par la population. Or ces trente dernières années, les choses se sont faites de manière ambiguë, au gré des légalisations de clandestins, sans jamais de profonde adhésion ni du Parlement ni du peuple français. La population a le sentiment de se voir imposer quelque chose, les immigrés celui d’une conquête, d’un gain. Aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, l’immigration est voulue par le pays, et acquise par ceux qui viennent. Ces derniers gardent leurs mœurs, mais sont fiers de l’appartenance qui leur est imposée. C’est un échange perpétuel : nous vous donnons notre nationalité, vous nous donnez votre adhésion.</p>
<p>En usant de trop d’autorité, on risque de créer des troubles civils ; en accordant trop de liberté, on alimente au sein de cette population le sentiment d’être étrangers, voire d’hostilité à nos vues. Il revient au Parlement de définir un chantier clair de l’immigration en France, de ses conséquences et de ses besoins.</p>
<p><i class="fa fa-graduation-cap"></i> <strong>M. Xavier Darcos, secrétaire perpétuel de l’Académie.</strong> – Le sentiment d’appartenance au pays d’origine est aujourd’hui plus fort que le désir d’appartenance à la Nation. En 2008, j’avais introduit la réforme visant à assouplir la carte scolaire. A notre grande surprise, des établissements repoussoirs se voyaient non pas fuis, mais au contraire demandés : les populations en profitaient pour se reclasser par origine, tel établissement se retrouvant entièrement voué à l’accueil des élèves d’origine subsaharienne, tel autre, aux élèves d’origine maghrébine. La liberté d’être intégré dans l’école nationale était utilisée pour s’en éloigner plus encore !</p>
<p>L’enseignement privé est parfois une échappatoire. Un tiers des collégiens quittera au moins un an le système public pour des raisons liées à son origine : celui qui se fait traiter de « petit Français », ou celle qu’un grand frère empêche d’étudier… La fuite vers le privé est liée à la pression exercée au sein des établissements publics. La question n’est pas seulement scolaire, elle a un caractère sociologique extrêmement fort.</p>
<p><i class="fa fa-graduation-cap"></i> <strong>M. Jean-David Levitte, académicien.</strong> – Je regrette que nous n’ayons pas réussi à imposer, dans le projet de convention puis de constitution européenne, l’idée des chapitres communs aux manuels d’histoire autour des valeurs partagées. Valéry Giscard d’Estaing y tenait. Ce serait en tout état de cause un exercice intéressant que de demander à des historiens de 28 pays de bâtir ensemble deux ou trois chapitres communs.</p>
<p>Faut-il ouvrir le chapitre de la période coloniale ? Oui pour ce qui est de l’Afrique subsaharienne, du Maroc ou de la Tunisie ; pour l’Algérie, il faudra attendre encore quelques années : la génération autour du président Bouteflika en est encore à condamner les crimes de la colonisation et exiger repentance. </p>
<p>Je rejoins M. Duvernois sur l’importance de la géopolitique de la francophonie. L’immigration d’outre-Méditerranée à cela en commun avec nous, c’est un atout à valoriser.</p>
<p>J’ai vécu pendant onze ans aux États-Unis. Au début de toute réunion publique, chacun salue le drapeau américain, porté par un soldat en uniforme, et entonne l’hymne national, la main sur le cœur. Suit une invocation divine. Il y a une vraie fierté à être Américain. On aimerait que la fierté d’être Français se renforce…</p>
<p><i class="fa fa-graduation-cap"></i> <strong>Mme Chantal Delsol, président de l’Académie.</strong> – Encore faut-il cesser de ridiculiser ces symboles, comme on le fait depuis trente ans….</p>
<p><i class="fa fa-graduation-cap"></i> <strong>M. Bernard Bourgeois, académicien.</strong> – Trois grandes questions, un mot sur chacune. Il n’y a de vie et de vitalité que là où il y a une différence, qui peut même devenir une contradiction ; la vie, c’est l’effort pour la maîtriser. Or la solution la plus facile, c’est l’unilatéralité. On se fixe à l’un des opposés, on fait prévaloir l’idéologie. Mais le réel n’est jamais unilatéral et idéologique, c’est pourquoi tous les dogmatismes, toutes les idéologies ont échoué. </p>
<p>Nation, cela renvoie à tradition, donc au passé. République, cela renvoie à révolution, donc à l’avenir. Après Péguy, Renan, Tocqueville, on pourrait aussi citer Taine : si la Révolution est devenue partie intégrante de la tradition, la tradition a toujours été partie intégrante de la révolution. Un régime qui se révolutionne le fait selon sa propre physionomie. La Nation française s’est continuée à travers même ses plus grands changements. L’avenir ne peut être s’il ne s’ancre pas sur le passé ; le passé ne peut subsister sans s’arrimer sur l’avenir.</p>
<p>Il y a deux impératifs, national et républicain. Le front national n’est pas nécessaire, le front républicain n’est pas suffisant. Il faut être pragmatique face à ces deux exigences, mais il faut l’être fermement.</p>
<p>J’ai expérimenté, peu après la libération, le passage d’un enseignement républicain traditionnel à l’enseignement nouveau, aux « nouvelles classes » des années 1960. Ce fut le triomphe de l’idéologisme. L’école de la République était pragmatique, les maîtres jouissaient d’une grande liberté dans leur manière d’enseigner – c’est ainsi que certaines traditions de l’école jésuite se sont maintenues dans l’école de la République. On a voulu changer toute chose, cru que démocratiser l’école supposait de baisser ses exigences, comme si les enfants du peuple n’étaient pas capables de s’élever tous parmi les élites. On a opposé la liberté à l’autorité, le contrat à la loi, l’esprit à l’âme. L’école française paye très cher cet idéologisme. Nous ne sommes sans doute pas encore allés assez bas pour qu’un vrai sursaut soit possible.</p>
<p>Kant, ce chantre de l’universalisme, écrit : si tout homme doit pouvoir bénéficier d’un droit de visite, d’offrir sa compagnie à un autre groupe national, ce droit n’est jamais un droit d’installation. C’est, de sa part, condamner le colonialisme. Imaginez que vos invités, que vous avez reçus au mieux, déclarent vouloir s’installer chez vous : vous n’êtes pas tenu de les accepter à demeure ! Ils ont le droit de venir proposer leur énergie nouvelle, dont nous avons besoin ; vous êtes en droit de leur imposer le devoir de se plier le plus possible à la communauté dans laquelle ils veulent vivre, sans contraindre celle-ci à abandonner ses principes. « Du passé faire table rase » n’est pas un bon slogan, on sait ce que cela a donné !<br />
Ne nous faisons pas d’illusion : la démocratie républicaine n’est pas compatible avec n’importe quelle culture. Elle suppose une exigence d’élévation et de valorisation de soi. Toutes les cultures ne se valent pas. Une culture ne vaut que dans la mesure où elle favorise en elle l’épanouissement de la liberté, valeur suprême, sans concurrence aucun, ni même de la part de l’égalité ou de la fraternité. Toute culture ne vaut que dans la mesure où elle autorise à se libérer d’elle-même pour reprendre une idée hégélienne.</p>
<p>La démocratie républicaine n’est pas tenue d’accueillir n’importe qui !</p>
<p><i class="fa fa-graduation-cap"></i> <strong>M. Yves Gaudemet, académicien.</strong> – Un Concordat ? Cela me semble aventureux… Restons-en à l’échange de lettre de 1921-1923 avec le Saint Siège. L’accord sur la reconnaissance mutuelle des diplômes, que je jugeais aventureux, a d’ailleurs été considéré comme inconstitutionnel par le Conseil d’Etat.</p>
<p>Lorsque je présidais le jury de l’ENA, j’avais proposé un corrigé d’un sujet portant sur les empires. On m’avait expliqué qu’il était exclu, compte tenu de la préparation des candidats, de leur demander de parler des empires coloniaux : le sujet, c’était l’impérialisme américain…</p>
<p>L’instruction civique doit être fondue à l’enseignement de l’histoire. Nous avons dans ce domaine un manque considérable, qui contribue à l’absence de sens civique.</p>
<p><i class="fa fa-graduation-cap"></i> <strong>M. Gabriel de Broglie, chancelier de l’Académie.</strong> – La langue française est au cœur du problème. Vivre ensemble, certes, mais au départ, ne faut-il pas se parler ? La question dépasse celle de l’école ; c’est aussi celle de l’emploi de la langue française dans la société. La France dispose en la matière d’une législation de grand luxe – mais qui n’est pas appliquée. Nous avons mené des démarches publiques, officielles, bataillé pour tenter d’arrêter un amendement à la loi Fioraso qui aurait ouvert une brèche dans l’emploi de la langue française dans les établissements d’enseignement supérieur. Heureusement, le Sénat a rétabli les choses : l’emploi d’une autre langue doit rester l’exception.</p>
<p>La ratification de la charte des langues régionales, véritable serpent de mer, aurait des conséquences sur l’emploi du français. Il ne s’agit pas que de langues régionales ; elles sont apparentées à des langues étrangères. Et nous devrions leur ouvrir soit l’école, soit la justice, soit l’administration.</p>
<p>Quel est le degré de détérioration de l’emploi du français dans la société française ? Il n’y a pas de typologie des lacunes, des manquements, des zones de non langue comme il existe des zones de non droit. Manque un observatoire de l’emploi de la langue française. Les universités de province – plus que le CNRS – me semblent bien outillées pour aborder ces questions.</p>
<p><i class="fa fa-graduation-cap"></i> <strong>M. Jean-Claude Trichet, académicien.</strong> – Je suis ému : vous nous obligez à un débat d’une importance considérable. Je rejoins M. Levitte sur la nécessité d’enseigner les valeurs partagées au sein de l’Europe. Valeurs « républicaines » ? La moitié de nos partenaires sont des monarchies, nous partageons les mêmes valeurs ; ils ne les qualifient pas, et c’est heureux, de « monarchiques ». Parlons plutôt de valeurs « démocratiques ». </p>
<p>L’enseignement et la communication sont bouleversés par les nouvelles technologies et l’Internet : on a désormais accès depuis son ordinateur aux universités d’excellence. Nous devons y être plus présents, avec nos valeurs et notre langue.</p>
<p>Le passé est le passé : aujourd’hui, le problème majeur est celui du chômage de masse des jeunes. Il est possible de le résoudre : l’Allemagne a su le faire, elle qui connaissait la même difficulté lors de l’accession à l’euro.</p>
<p><i class="fa fa-graduation-cap"></i> <strong>M. Haïm Korsia, académicien.</strong> – Merci, madame le président, d’avoir évoqué, au terme de votre présentation, la laïcité, notion qui ne figure pas dans notre texte commun. Les jeunes Juifs de France sont pour un tiers dans des écoles publiques, un tiers dans des écoles juives, un tiers dans des écoles catholiques. On ne compte plus aucun élève juif dans les écoles publiques de la Seine-Saint-Denis : plus simple, en effet, de les orienter vers d’autres établissements… Vous avez parlé de silence « abdicateur ». Le silence est toujours complice, ou trompeur, chante Yves Simon. Marc Bloch a dénoncé une forme de démission des élites, de ces élites décrites par Bourdieu. Les récents propos d’un ancien ministre des affaires étrangères ont dévoilé quelque-chose de malsain. Pour des jeunes qui n’ont jamais côtoyé une petite Sarah, joué au foot avec un petit David, le Juif est un fantasme : ceux qui ont l’argent, le pouvoir, qui sont solidaires. Fantasme qui aboutit à l’affaire Halimi… </p>
<p>On ne peut adhérer à une chose à laquelle on ne participe pas. S’il n’est pas question de rétablir le service militaire, peut-être pourrait-on mettre au point un service civique obligatoire et universel où seraient vécus les rites républicains. L’acte précéderait l’idée, un peu comme dans le judaïsme. On se lève, on se redresse, quelque chose se met en mouvement, puis on cherche à donner du sens. </p>
<p>Nous avons vis-à-vis d’Internet une posture trop défensive. Utilisons cet outil pour rapprocher les gens, diffuser des messages. L’idée même d’appartenance à la République doit être proactive. Il faut réorganiser un lieu où cette connaissance de l’autre soit possible. J’ai fait venir des prêtres, des pasteurs, des imams dans les écoles juives afin que les jeunes Juifs rencontrent des non Juifs, pour casser les préjugés.</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher, président du Sénat.</strong> – Merci d’avoir participé à notre réflexion. Je remettrai dans trois semaines au Président de la République les éléments d’une réflexion que j’entends être particulièrement libre. La réponse n’est pas dans des subventions, ou dans une nouvelle agence, me disait-on récemment, c’est une attitude globale. Les contributions citoyennes recueillies sur la page que j’ai ouverte sur le site du Sénat sont, pour certaines, brutes de décoffrage. Je suis heureux de cette rencontre particulièrement enrichissante, j’ai éprouvé une grande liberté à dialogue avec vous, une liberté à mille lieues des échanges que je peux parfois avoir, si convenus que je peux en écrire les conclusions d’avance ! </p>
<p>(Applaudissements)</p>
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		<title>André COMTE-SPONVILLE : &#8220;La République, en général, n’a pas à se prononcer sur les questions morales&#8221;</title>
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		<pubDate>Fri, 13 Mar 2015 16:30:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Présidence du Sénat</dc:creator>
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Hôtel de la Présidence, jeudi 12 mars 2015, 10 heures

 M. Gérard Larcher, président du Sénat. À la suite des attentats du mois de janvier, le Président de la République a demandé aux présidents des assemblées de réfléchir à l’engagement républicain, aux valeurs qui rapprochent les citoyens ou qui parfois, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Entretien avec M. André COMTE-SPONVILLE, philosophe<br />
Hôtel de la Présidence, jeudi 12 mars 2015, 10 heures</p>
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<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher, président du Sénat</strong>. À la suite des attentats du mois de janvier, le Président de la République a demandé aux présidents des assemblées de réfléchir à l’engagement républicain, aux valeurs qui rapprochent les citoyens ou qui parfois, hélas, ne les rapprochent pas. Les manifestations du 11 janvier, auxquelles vous avez consacré un article, monsieur Comte-Sponville, furent un moment extraordinaire, mais certains ont refusé d’y participer.<span id="more-354"></span> Lors de l’hommage rendu aux victimes dans les classes, il y a eu beaucoup plus d’incidents qu’on ne le dit.<br />
Le vivre-ensemble, la laïcité, l’école, l’autorité, l’islam démocratique et l’islam radical : autant de sujets sur lesquels j’ai souhaité m’entretenir avec vous, qui vous définissez comme un matérialiste, un rationaliste et un humaniste. Comme le soulignait Marcel Gauchet lors d’un précédent entretien, la laïcité ne s’est pas imposée en France sans douleur, et la société d’aujourd’hui n’accepterait peut-être pas l’épreuve qu’ont subie les catholiques à la suite de la loi de 1905… </p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – Les résistances à la laïcité furent fortes, en effet, tout au long du XIXe siècle et au début du XXe. La laïcité l’a finalement emporté, dans un pays alors très majoritairement catholique, et l’Église elle-même l’accepte désormais. C’est une raison d’espérer : il n’y a pas de raison qu’elle ne l’emporte pas aussi sur l’intégrisme islamiste. Voltaire, qui appelait à « écraser l’infâme », a gagné.<br />
Mais il y a aussi des raisons d’être pessimiste. Les manifestations du 11 janvier furent un beau moment, mais tout le monde n’y était pas ; les « minorités visibles », en particulier, ne se sont guère mobilisées.</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. – Parmi les absents, il n’y avait pas que les salafistes. Beaucoup de gens de bonne foi, de jeunes en difficulté ne se sont pas sentis concernés.</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – C’est vrai. Un de mes amis, qui vit dans la périphérie d’une ville de province, pour aller manifester en centre-ville, a dû traverser les banlieues sous les huées : on y manifestait contre Charlie Hebdo. Arrivé à la manifestation, il a rencontré ses voisins, qui se sont tous révélés être électeurs du Front national… Si nous n’avons plus le choix qu’entre l’intégrisme musulman et le Front national, il y a de quoi désespérer ! Le 11 janvier, c’est la « France blanche » qui a manifesté – ce qui ne signifie pas que la manifestation avait une signification ethnique.<br />
Lorsque vous m’avez écrit pour m’informer de la mission qui vous avait été confiée par le Président de la République, j’ai été frappé de voir que la question de la République était mise sur le même plan que celle de l’identité nationale. Ce sont pourtant deux notions différentes : certains Français ne sont pas républicains, et des millions de républicains ne sont pas français. L’identité française, qu’on le veuille ou non, est battue en brèche par la mondialisation et l’immigration : beaucoup de jeunes nés en France, français comme vous et moi au sens politique, préfèrent le pays d’origine de leurs parents.</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. – Sans toujours bien le connaître…</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – La République est mal placée pour développer le sentiment d’appartenance nationale. C’est une erreur, à mon sens, que d’avoir confié à un ministère l’organisation d’un débat sur l’identité nationale, sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. D’une manière générale, je ne suis pas sûr que la culture soit à la charge de l’État, ce qui ne signifie pas qu’il ne puisse rien faire pour elle. Il faudra des décennies, des siècles pour que les populations issues de l’immigration se fondent dans le peuple français, et la France ne ressemblera plus alors à celle que nous avons connue enfants.<br />
Le combat pour la République, quant à lui, est un combat pour des valeurs morales et politiques. Pour le mener, on compte beaucoup sur l’école, en oubliant parfois que l’éducation des enfants incombe d’abord à leurs parents. En outre, on ne peut enseigner en toute rigueur que ce que l’on connaît. Or les valeurs morales ne sont pas de l’ordre du savoir, mais de la volonté : il ne s’agit pas de dire ce qui est, mais ce qui doit être. Ainsi, nous partageons l’idée que les hommes sont égaux en droit et en dignité, alors qu’en fait il y a toutes sortes d’inégalités entre les hommes – certains sont plus intelligents, plus généreux, plus beaux que d’autres. On distingue souvent l’instruction, transmission d’un savoir, de l’éducation, transmission de valeurs. Or il n’est pas sûr que le rôle de l’instituteur soit d’éduquer en ce sens. Que répondra-t-il à un élève de CM2 qui lui demande si l’avortement est moralement acceptable ? La République, parce qu’elle est laïque, n’a pas de position sur la moralité de l’avortement – la loi Veil, dans sa sagesse, s’en remet aux individus pour en juger. L’instituteur peut répondre qu’en France, l’avortement est autorisé pendant les onze premières semaines de la grossesse : cela, c’est de l’éducation civique. Mais la question de l’élève portait sur la morale et non sur le droit. Voilà pourquoi Nicolas Sarkozy avait raison de dire que l’instituteur ne remplacera jamais le curé, le pasteur, le rabbin ou l’imam : leur rôle n’est pas le même. Le maître peut bien enseigner les valeurs de la République, la liberté, la laïcité – ce qui n’oblige pas l’élève à y adhérer – mais dès que l’on aborde des questions morales plus complexes, il n’a pas à prendre position.<br />
La République, en général, n’a pas à se prononcer sur les questions morales. Un député a été condamné en première instance et en appel parce qu’il avait déclaré que l’homosexualité était moralement inférieure à l’hétérosexualité, position qui correspond à celle de l’Église catholique pour laquelle l’homosexualité est un péché. La Cour de cassation a sagement cassé ce jugement. On a le droit en République d’être catholique ! Lutter contre les discriminations dont les homosexuels dont victimes est légitime, mais il convient de ne pas aller au-delà.<br />
Transmettre les valeurs républicaines relève en fait du combat idéologique. Ce combat, les instituteurs de la IIIe République, les fameux « hussards noirs », l’ont mené. Il est particulièrement difficile aujourd’hui, alors qu’une immigration très importante s’est développée en provenance de pays musulmans, dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne sont pas spontanément portés vers l’égalité des sexes et la laïcité.</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. – À propos de l’école, vous vous souvenez du livre Les Territoires perdus de la République. Dans la même veine, un professeur agrégé du quartier des Minguettes me disait que certains sujets ne pouvaient plus être abordés en classe : histoire de la colonisation, de la Shoah, théorie de l’évolution… N’y a-t-il pas là une forme d’abdication de la République ?</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – Si, et c’est d’autant plus scandaleux qu’il s’agit bien là de savoirs : le professeur est parfaitement dans son rôle lorsqu’il cherche à les transmettre.  Le principal problème de l’école, c’est que les enseignants ont perdu le pouvoir. Je préfère parler de pouvoir plutôt que d’autorité, car lorsqu’on dit qu’un professeur n’a pas d’autorité, on laisse entendre qu’il lui manque un certain talent. Il est vrai que certains, plus que d’autres, sont doués d’une autorité naturelle. Mais quand nous étions élèves, seuls les très mauvais professeurs étaient chahutés. Aujourd’hui, c’est l’inverse.<br />
Il n’y a pas de respect de la loi sans pouvoir, sans sanctions. De même, il faut rendre le pouvoir aux professeurs, et reposer la question des sanctions à l’école. On m’a rapporté l’anecdote suivante : dans une classe de CM2, une enseignante passait entre les rangs pour vérifier que les élèves faisaient l’exercice qu’elle leur avait donné. L’un d’entre eux restait les bras croisés. Elle s’en est étonnée, il lui a répondu : « J’en ai rien à foutre de tes conneries ». Que pouvait-elle faire ? Le gifler ? C’est interdit. Lui faire copier cent fois : « Je n’insulterai pas mes professeurs » ? Il ne le ferait pas davantage. Alors, comme neuf enseignants sur dix, elle l’a envoyé chez le directeur, qui l’a gardé une heure dans son bureau, après quoi il l’a libéré – l’heure du déjeuner avait sonné – et laissé retourner en classe l’après-midi comme si de rien n’était. Ce jour-là, vingt-cinq élèves de CM2 ont appris qu’on pouvait envoyer paître son professeur sans aucune conséquence, et il est devenu impossible d’enseigner dans cette classe. Des classes de ce genre, il y en a des milliers ! Voilà pourquoi il est indispensable de rétablir des sanctions à l’école, même s’il est très difficile de savoir lesquelles… </p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. – Selon Marcel Gauchet, le problème se situe moins au niveau des professeurs que de leur hiérarchie.</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – Voilà des années que je n’ai pas enseigné au lycée, mais j’ai souvent entendu dire, en effet, que les enseignants n’étaient pas soutenus par leur hiérarchie. Luc Ferry considère à juste titre que le premier problème de l’école, c’est la discipline. Sans discipline, le discours sur les valeurs est vain. C’est vrai au niveau de la société tout entière : comment transmettre les valeurs républicaines si on ne faire pas régner l’ordre public et la sécurité ? Manuel Valls a raison d’en faire une priorité du combat républicain, contrairement à une certaine gauche libertaire ou angélique. </p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. – Venons-en à la question de l’islam. Sur l’égalité entre les hommes et les femmes, toutes les religions ou presque ont du retard, comme en témoigne le fait que les femmes n’accèdent presque jamais à la prêtrise. C’est particulièrement vrai de l’islam, qui ne reconnaît pas ce principe d’égalité. On renonce parfois à le défendre, on abdique, y compris à l’école. Que pensez-vous du débat sur le voile ?</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – Lorsque le voile a été interdit dans les collèges et les lycées, j’étais réticent. D’une part, cela aboutirait à exclure des jeunes filles bien élevées, sages, studieuses, pour ne garder que de petits voyous. D’autre part, la laïcité de l’école en tant qu’institution ne devait pas être confondue avec une laïcité imposée aux individus. Après-coup, il m’a semblé que cette mesure avait des effets plutôt positifs. En revanche, je ne vois pas au nom de quoi on interdirait le voile à l’université. Si l’on peut craindre que des lycéennes subissent des pressions familiales, cet argument ne vaut pas pour des étudiantes. L’interdiction ne serait d’ailleurs pas conforme à l’esprit de l’université. Je me rappelle avoir fait cours devant des femmes voilées – des religieuses catholiques – et il ne me serait pas venu à l’idée de les exclure… </p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. – On a bien interdit les soutanes en 1905…</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – Je l’ignorais. Quoi qu’il en soit, l’interdiction du voile à l’université serait vécue comme un acte d’agression, y compris par les musulmans modérés. En revanche, il est normal d’interdire le voile intégral, signe d’une oppression insupportable, qui pose en outre des problèmes de sécurité puisqu’on ne peut pas identifier les personnes qui le portent.<br />
Dans un article publié dans Libération, je revenais sur le reproche d’islamophobie fait à Charlie Hebdo. Ce mot est piégé, parce qu’ambigu. Si l’on désigne ainsi la haine ou le mépris des musulmans, l’islamophobie est évidemment haïssable, mais elle est très minoritaire : le racisme touche bien plutôt des groupes ethniques que des groupes religieux, et un noir catholique est plus souvent victime de discriminations qu’un blanc musulman. En revanche, si l’on appelle islamophobie le refus, la critique, la peur de l’islam, elle est parfaitement légitime. Pour l’athée que je suis, une religion est une idéologie comme une autre, et on a le droit de la combattre, de même qu’on a le droit d’être anticommuniste, antifasciste ou antilibéral. S’agissant des juifs, on distingue l’antisémitisme, qui est une forme de racisme, de l’antijudaïsme, qui est l’hostilité à la religion juive. Nietzche, mais aussi Simone Weil, qui était pourtant d’origine juive, professaient une forme d’antijudaïsme.<br />
Pour ma part, je pourrais dire, comme le Prométhée d’Eschyle, que « je hais tous les dieux ». Ce serait exagéré : disons qu’aucune religion n’est la mienne. Cela ne m’empêche pas de penser que toutes les religions ne se valent pas. Ne confondons pas l’égale dignité de tous les êtres humains avec l’égalité de valeur de toutes les idéologies. Dans le monde chrétien, l’égalité entre hommes et femmes est très largement acceptée, ce n’est pas le cas dans le monde musulman. Je trouve haïssable d’imposer aux femmes de dissimuler leur beauté sous un voile, et de leur faire ainsi payer l’attrait que l’on éprouve pour elles. Houellebecq a dit un jour que l’islam était « la religion la plus con », il oubliait sans doute les raeliens… J’éprouve une tendresse de cœur pour les Évangiles, mais non pour le Coran ; l’islam en tant qu’idéologie m’est même antipathique : c’est la religion la plus machiste, la plus éloignée de la laïcité, celle qui complique le plus l’intégration des enfants issus de l’immigration. J’estime que le combat contre l’islam, et a fortiori contre l’islamisme, fait partie de mes droits et même de mes devoirs intellectuels.</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. – Pensez-vous, comme Marcel Gauchet, que l’islam soit encore dans sa phase pré-critique, de même que le christianisme avant la Réforme ? Ni Luther, ni Calvin n’étaient des modèles de tolérance, mais ils ont ouvert la voie au débat critique…  Les chiites, plus que les sunnites, semblent eux aussi ouverts à la discussion. Cet esprit critique peut-il naître au sein de l’islam de France ?</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – Certains s’y emploient, comme Malek Chebel ou<br />
Abdennour  Bidar, et c’est bien le cœur du problème. Après les attentats de janvier, j’ai été passablement agacé d’entendre tous les dignitaires musulmans répéter qu’il n’y avait aucun rapport entre l’islam et l’islamisme. C’est aussi absurde que de dire qu’il n’y a aucun rapport entre le catholicisme et l’Inquisition. Si l’Église n’avait pas accompli un travail critique, pour comprendre comment le christianisme avait pu donner lieu à l’Inquisition, elle n’aurait pas évolué. De même, si les marxistes ne s’étaient pas demandé comment le stalinisme avait pu naître du communisme, il n’y aurait eu ni déstalinisation, ni perestroïka, et l’Empire soviétique ne serait pas tombé. Ce que l’on attend aujourd’hui, c’est l’équivalent pour l’islam de Vatican II.</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. – Il a fallu quatre siècles pour y parvenir…</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – Certes. L’un des problèmes tient au fait que le Coran n’est pas conçu comme l’écrit de Mahomet, mais comme la parole incréée d’Allah, aussi éternelle que lui-même, à laquelle on ne peut changer une virgule. Certains, qui appellent à contextualiser l’islam, se heurtent donc à une difficulté théologique, qui ne se pose pas à propos de l’Ancien Testament.</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. – Ou des Évangiles, témoignage des apôtres.</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – En effet. Ce travail critique, on ne peut pas le faire à la place des musulmans, mais on peut les y aider. Sur un plan intellectuel, d’abord : j’ai écrit, par exemple, un article sur le statut des femmes dans l’islam pour Le Monde des religions. Il est plus difficile pour les institutions de la République de s’impliquer dans ce débat, mais les partis ou, à titre personnel, les hommes politiques peuvent soutenir les rénovateurs : ce n’est sans doute pas le rôle du Président le Sénat, mais ce peut être celui de Gérard Larcher. </p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. – Le Président du Sénat peut légitimement soutenir le camp républicain.</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – Certes.</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. – Nous allons rencontrer des problèmes très concrets, avec la réforme du Conseil français du culte musulman. Dans l’histoire, toutes les confessions religieuses ont été contraintes de s’organiser pour dialoguer avec l’État, le protestantisme dès l’édit de tolérance, le judaïsme sous Bonaparte. Même la République laïque exerce un contrôle sur les cultes. Prêtres, pasteurs, rabbins ont reçu une formation supérieure, et le ministère de l’intérieur délivre même un agrément informel sur les nominations épiscopales. Si les musulmans n’ont pas une organisation ecclésiale classique, les protestants non plus. Comment faire pour réguler l’islam de France, et faire en sorte que les imams soient formés et éclairés ?</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – Je n’ai pas de compétence particulière sur la question, mais il me semble que l’une des difficultés tient au fait que la plupart des imams, contrairement aux prêtres ou aux rabbins, ne sont pas nés en France ou, du moins, n’ont pas été élevés dans la culture française. Leur formation est également beaucoup moins poussée. La République peut-elle la prendre en charge, sans contrevenir au principe de laïcité ? </p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. – C’est envisageable dans le cadre de l’université, où l’enseignement est libre. En Alsace-Moselle, il existe encore des facultés de théologie au sein de l’université de Strasbourg. Ailleurs, les instituts catholiques délivrent des diplômes reconnus par l’État. Mais les universités publiques pourraient former indirectement les imams, en offrant des formations sur l’islam et les cultures musulmanes, ouvertes à tous.</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – En effet : ce sont là des savoirs qui peuvent être enseignés à l’université. Même la théologie est un savoir, incertain quant à son objet mais d’une grande richesse intellectuelle. Il est à craindre, cependant, que de telles formations suscitent les cris d’orfraie des laïcards et la méfiance des musulmans… N’est-il pas préférable de renforcer le contrôle de l’Etat sur les instituts privés de formation des imams, pour vérifier que l’on n’y tient pas de discours antirépublicain ? </p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. – L’absence de formation publique crée un vide où d’autres s’engouffrent. Beaucoup imams de France, aujourd’hui, sont formés soit à l’étranger, d’autres dans des établissements strictement privés tel l’institut de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) à Château-Chinon. Se pose aussi le problème du financement des cultes : même les grandes mosquées sont déficitaires, et n’ont pas les moyens de financer de nouveaux lieux de culte.</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – Mais peut-on interdire l’apport de fonds étrangers ?</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. – C’est ce que viennent de faire les Autrichiens. Il est vrai que ces derniers   ont une longue tradition de la religion musulmane, puisque la Bosnie-Herzégovine faisait partie de l’Empire austro-hongrois.<br />
Peu après l’intervention des troupes françaises au Mali, je me suis rendu sur place avec Jean-Pierre Chevènement, avec qui je rédigeais un rapport sur le Sahel. Nous avons rencontré un dignitaire soufiste, homme éduqué et modéré : il déplorait de ne pouvoir construire que deux mosquées par an, quand le Qatar et l’Arabie saoudite en construisaient deux par mois…<br />
Un acte d’autorité est nécessaire. La IIIe République avait bien interdit le financement extérieur des cultes, même si on a fait quelques exceptions à cette règle : la famille de mon épouse fait partie des familles protestantes ayant fui l’Alsace-Moselle après la conquête prussienne de 1871, et qui, repliés à Courbevoie, ont pu y construire un temple grâce à l’argent de la couronne suédoise… Chez les juifs ashkénazes, les financeurs étaient les grands banquiers ; chez les séfarades, les fidèles eux-mêmes.<br />
J’ai reçu récemment le métropolite orthodoxe de France, qui relève du patriarcat de Constantinople. Il n’entretient aucun rapport, m’a-t-il dit, avec le Milli Görüs turc : pour évoquer des problèmes religieux, à Mulhouse par exemple, c’est à l’ambassade de Turquie qu’il s’adresse ! Un État souverain peut-il, au nom de la liberté, laisser prospérer n’importe quoi sur son territoire ? </p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – Évidemment non. Mais si l’on interdit les financements étrangers, il faut que la République prenne en charge, au moins en partie, la formation des imams. </p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. –La difficulté est que si l’on arrive à mobiliser les donateurs pour de grandes opérations de construction, il faut aussi financer le fonctionnement courant du culte, assurer la rémunération des imams pour ceux qui sont salariés …<br />
Revenons au sujet de l’école. On voit aujourd’hui apparaître de très nombreuses écoles privées religieuses hors contrat, musulmanes, mais aussi catholiques, juives… En outre, moins d’un quart des enfants de familles d’origine juive, scolarisent désormais leurs enfants à l’école publique. Beaucoup se tournent vers des écoles juives ou catholiques hors contrat. N’est-ce pas là un indice inquiétant ?</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – Cela confirme que l’école républicaine va mal. Je soupçonne que la motivation de ces familles, ce n’est pas de donner à leurs enfants une éducation religieuse, mais de les inscrire dans une école où règnent l’ordre et l’autorité. Je suis un libéral, qu’il existe des écoles privées hors contrat ne me choque pas. En revanche, il est normal que l’État veille à ce que l’enseignement obligatoire y soit dispensé et les droits des enfants garantis.<br />
Tous ces problèmes sont liés à celui de l’immigration. Comme je l’écrivais il y a vingt ans dans L’Événement du jeudi, les Français ont le droit de ne plus vouloir d’une immigration massive. C’est un débat que l’on esquive trop souvent. On a tort de ne combattre le Front national qu’au nom de valeurs morales, car on laisse ainsi entendre que la morale s’oppose à notre intérêt, qui serait d’en finir avec l’immigration. Si le débat se pose en ces termes, c’est l’intérêt qui prévaudra…</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. – Les autres forces politiques doivent donc s’emparer du sujet.</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – Bien sûr. Cessons de parler de morale, parlons de politique. La politique de la France n’est pas au service de l’humanité ou de la vertu, mais au service des Français et de leurs intérêts. Il faut faire comprendre à nos compatriotes que leur intérêt n’est ni l’immigration zéro, ni l’immigration sans contrôle. C’est dans les mêmes termes qu’il faut combattre l’idée d’une sortie de l’Union européenne.  </p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. – L’intérêt a donc sa légitimité, autant que les valeurs morales.</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – En politique, il a même priorité sur elles. Quand Lionel Jospin était Premier ministre, j’imaginais les réactions qu’il susciterait en reprenant le slogan « Les Français d’abord ». Certes, il n’aurait pas été habile de reprendre les mots du Front national. Mais ce slogan, c’est le b-a-ba de toute politique française ! Le combat politique contre l’immigration massive, au nom de l’intérêt des Français, est parfaitement légitime – pour la conscience morale, au contraire, il n’y a pas de différence entre un Français et un immigré malien clandestin, la morale commandant même d’aider le plus démuni. S’il faut garantir aux immigrés le respect des droits de l’homme, le droit de vivre en France n’en fait pas partie ! Le peuple français, souverain, a le droit de décider qui vivra sur son sol.</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. – C’est un débat que j’ai eu avec la Cimade, qui a raison sur le plan moral, mais tort sur le plan politique, car l’immigration incontrôlée ne correspond ni à l’intérêt de la France, ni à celui des pays d’origine.</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – En effet. C’est le propre du politiquement correct que de confondre morale et politique…</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. – Il est d’autant plus important que la politique soit laïque, les religions ayant, quant à elles, une vocation morale.</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – Si vous le permettez, j’ajouterai qu’il convient de parler d’intégration plutôt que d’assimilation des immigrés. Alain Renaut plaide pour un « communautarisme bien tempéré » : je ne choisirais pas ces termes, mais il a raison sur le fond. On ne peut pas demander aux jeunes Algériens de rompre toute attache avec leur pays d’origine, de renoncer à leur religion, à leurs coutumes alimentaires… L’important est qu’ils respectent nos valeurs. </p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. – Pourtant, avant une naturalisation, on vérifie que le demandeur est « assimilé », qu’il connaît notre langue, notre histoire… N’est-ce pas légitime ?<br />
Hôtel de la Présidence, jeudi 12 mars 2015, 10 heures</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – Tout cela relève aussi de l’intégration. En revanche, en parlant d’assimilation, on laisse entendre qu’un immigré venu d’un pays arabe devrait cesser de parler arabe !  </p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. – L’intégration des immigrés polonais ou flamands s’est faite plus facilement : ils étaient blancs, catholiques… </p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – Et leur pays d’origine n’avait pas été colonisé par la France.</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. – En effet. La colonisation ne suscite pas partout les mêmes rancœurs : en Afrique noire, on a un rapport plus apaisé avec cette histoire.</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong>M. André Comte-Sponville</strong>. – Même en Algérie, dans la situation actuelle, un ami me disait : « Les Français, revenez ! » Cela n’efface évidemment pas les horreurs de la colonisation. Quoi qu’il en soit, l’intégration des jeunes beurs sera plus difficile que celle d’autres immigrés, et elle prendra du temps. </p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher</strong>. – Merci de cet échange très libre et passionnant.</p>
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		<item>
		<title>Entretien avec Son Eminence le Métropolite EMMANUEL, Patriarcat de Constantinople</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Mar 2015 09:13:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Présidence du Sénat</dc:creator>
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		<title>Entretien avec Michel MELEY, Président du conseil national de la Fédération française du droit humain</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Mar 2015 09:11:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Présidence du Sénat</dc:creator>
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		<title>Alain FINKIELKRAUT : &#8220;La fermeté doit prévaloir sur la contrition qui ne mènera à rien&#8221;</title>
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		<pubDate>Tue, 03 Mar 2015 11:42:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Présidence du Sénat</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Lundi 2 mars, Gérard LARCHER s&#8217;est entretenu avec Alain FINKIELKRAUT, Philosophe.
Hôtel de la Présidence, Lundi 2 mars 2015, 16h.

 M. Gérard Larcher, président du Sénat. Merci, monsieur Alain Finkielkraut, d’avoir répondu à mon invitation. 
  M. Alain Finkielkraut, membre de l’Académie française. – Merci à vous de me recevoir.
  M. Gérard Larcher  [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Lundi 2 mars, Gérard LARCHER s&#8217;est entretenu avec Alain FINKIELKRAUT, Philosophe.</p>
<p>Hôtel de la Présidence, Lundi 2 mars 2015, 16h.</p>
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<p><i class="fa fa-user"></i> <strong>M. Gérard Larcher, président du Sénat</strong>. Merci, monsieur Alain Finkielkraut, d’avoir répondu à mon invitation. </p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong> M. Alain Finkielkraut, membre de l’Académie française.</strong> – Merci à vous de me recevoir.</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong> M. Gérard Larcher </strong> – La réflexion que je voudrais partager avec vous aujourd’hui porte sur deux points : comment assurer le respect des principes républicains ? Quelle est la place de l’école ? Comment lutter contre le communautarisme ? Vous avez écrit : « il faut que les élèves aient le loisir d’oublier leur communauté d’origine et de penser à autre chose… »</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong> M. Alain Finkielkraut. </strong> &#8211; C’était l’appel de 89…<br />
<span id="more-277"></span><br />
<i class="fa fa-user"></i> <strong> M. Gérard Larcher </strong> – Autre question à laquelle nous réfléchissons : L’identité est-elle « malheureuse », pour reprendre le titre de votre dernier ouvrage ? Est-elle crispée sur des « identités meurtrières » ? Le 11 janvier, une partie de la France ne se lève pas, ne se sent pas concernée … </p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong> M. Alain Finkielkraut. </strong> &#8211; Les Français qui manifestaient ce jour-là, proclamant « je suis Charlie » brandissaient aussi des pancartes « je suis la République », « je suis la police », « je suis Juif ». Les applaudissements aux forces de l’ordre furent l’un des moments les plus émouvants, parmi cette foule qui manifestait au nom de Charlie, de l’esprit soixante-huitard. C’était une réconciliation de toute une partie de la société avec les forces de police, ainsi qu’une défense de la civilisation française devant une attaque innommable. Ce n’est pas la société qui est descendue dans la rue, c’est la Nation. Pour la première fois, les gens manifestaient en tant que Nation : ce fut un moment extraordinaire.<br />
Une partie de la population française a boudé cette manifestation, les « jeunes », comme l’on dit, des quartiers défavorisés, sensibles, difficiles, qui connaissent la place de la République, n’ont pas voulu venir. Ce refus s’est accompagné, dans les écoles,  d’expressions hostiles à Charlie hebdo, à la minute de silence. On en a parlé, alors que ce genre de choses était passé sous silence. Cela fait des années que monte en France une francophobie extrêmement violente, qui ne se dit pas, qui n’est toujours pas officiellement dénoncée : il s’agit de lutter contre le racisme et l’antisémitisme, contre l’islamophobie et la judéophobie ; la francophobie n’est pas au programme, bien qu’elle soit aussi présente. Les deux injures les plus répandues dans les banlieues sont « sale Juif !» et « sale Français ! » ou « sale Séfran ! ». L’étau du « politiquement correct » s’est, temporairement, un peu desserré.<br />
Cela n’a pas duré très longtemps…même à Charlie hebdo, dont la dernière couverture était honteuse : « C’est reparti ! » titre-t-elle, montrant le chien Charlie poursuivi par des molosses, où l’on retrouve les vieilles querelles habituelles : l’islamiste, ennemi contre lequel tout le monde s’était réuni, est noyé, parmi Marine le Pen, Nicolas Sarkozy, la Manif Pour Tous, le pape, tous aux trousses du pauvre Charlie, alors que Nicolas Sarkozy a soutenu Charlie hebdo lors du procès qui lui était fait en 2005-2006, comme si eux-mêmes ne pouvaient pas assumer la manifestation de solidarité qui s’est réunie pour eux : la France unie contre un même ennemi…Charlie hebdo revient à l’opposition entre progressistes et réactionnaires : ce n’est plus l’esprit du 11 janvier, mais celui de L’Étrange Défaite de Marc Bloch. Personne n’ose le dire ! Le rire redevient l’instrument de la vieille propagande antifasciste, alors que ce n’est pas notre problème : il n’y a pas de fascisme en France ; même le lepénisme actuel, qui est très dangereux, n’est pas un fascisme.<br />
Le moment de lucidité fut donc très court : l’esprit du 11 janvier est apparu et aussitôt a disparu. Cela révèle qu’il n’y a pas un peuple en France, mais plusieurs, peut-être deux peuples, en voie de séparation. Le métissage est un paravent, une blague. On ne se mélange pas. La réalité, c’est le séparatisme territorial, ethnique et culturel. La construction des logements sociaux n’y changera rien : c’est ce que dit Christophe Guilluy…</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong> M. Gérard Larcher </strong> – Nous l’avons entendu…</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong> M. Alain Finkielkraut. </strong> &#8211; Les banlieusards habitaient au-delà du périphérique, ils sont allés au-delà de la banlieue et si celle-ci les rejoint, ils rejoindront directement Marine Le Pen. S’ils ne peuvent rien faire, ils iront encore plus loin, parce qu’ils ne veulent pas de ce mélange, avec le risque de la délinquance, des dealers, de la violence à l’école. Cette situation a été dénoncée dans Les Territoires perdus de la République,  paru en 2002, qui n’a pas reçu assez d’écho. Il y était déjà question de cette francophobie, d’élèves français, catholiques, persécutés parce que français, catholiques, des élèves juifs qui quittent massivement l’école publique…</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong> M. Gérard Larcher </strong> – Oui.</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong> M. Alain Finkielkraut. </strong> &#8211; …parce qu’ils ne s’y sentent pas bien, parce qu’ils sont menacés.<br />
Je ne crois pas que l’on puisse réponde à ce phénomène par l’autoflagellation. Si l’esprit du 11 janvier a disparu si vite, c’est parce que tout de suite après que la République s’est mise debout, qu’elle eut affirmé « nous ne céderons pas ! », le Premier ministre a parlé d’apartheid, de ghettoïsation, ce qui revient à la placer sur le banc des accusés. Tout est de sa faute, à cause des inégalités, de l’absence de perspective professionnelle, etc. Si des gens haïssent la France et la République, c’est parce que celles-ci ne tiendraient pas leurs promesses et peut-être les déteste-t-on pour ce qu’elles ont d’émancipateur, comme le prouve le problème de la mixité.<br />
Si des cours sont contestés, si l’on ne peut plus enseigner Madame Bovary, ce n’est pourtant pas la faute de la République, mais à cause d’une sécession culturelle. Il ne faut rien céder là-dessus. La fermeté doit prévaloir sur la contrition, à nouveau à l’ordre du jour, qui ne mènera à rien, puisqu’elle installera des gens dans le ressentiment dont il faut, au contraire, les sortir.<br />
Il faut leur dire : « certes, la situation est difficile, mais si vous vous prenez en mains, vous n’êtes pas condamnés au chômage ». Ce qui vous enferme dans le chômage, c’est, par exemple, cet étrange parler des banlieues, qui n’est ni l’accent des parents, ni la manière courante de parler le français, et qui se perpétue maintenant de génération en génération.<br />
Je suis effaré par la situation qui règne en France : si cela continue, et si l’immigration se poursuit à ce rythme, on va vers quelque chose qui ressemblera à un conflit civil, des émeutes…Le seul moyen d’y répondre, c’est d’être intransigeant sur certains principes, de ne rien concéder à la philosophie de l’excuse.<br />
Quand je lis sous la plume de Le Clézio que ces jeunes, qui deviennent djihadistes, terroristes, ont été « mis en échec à l’école », je réponds : non, ils se sont mis en échec tout seuls ! Les professeurs sont là, essaient de faire cours comme ils peuvent…même si les bons élèves sont traités de « bouffons » ou « d’intellos », si on leur oppose l’argent facile gagné par la drogue, si le rap et ses paroles concurrencent la culture apprise à l’école. En quoi la République en est-elle responsable ? Le rap n’est pas seulement l’expression de la haine, mais l’apologie du fric facile. Bien sûr, la télévision joue son rôle, mais ce n’est pas la République ! La République a tort de ne jamais oser dire ce qu’est le rap : des harangues en guise de rengaines, la prédication de la haine, ce que personne n’ose dire parce que c’est un art qui vient des banlieues…Nous sommes tétanisés devant le phénomène qui devrait au contraire nous trouver résolus à le combattre : voilà L’identité malheureuse.</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong> M. Gérard Larcher </strong> – Je partage votre analyse sur le passage du sursaut à la victimisation qu’implique l’usage du mot « apartheid ». Quelle est votre vision de l’assimilation ?<br />
Je souligne qu’une partie de notre armée professionnelle – je parle de la troupe, pas des officiers –  est constitué de jeunes issus de l’immigration qui défendent la France de manière assez exceptionnelle. Je l’ai constaté au Mali!</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong> M. Alain Finkielkraut. </strong> &#8211; Je suis enfant d’immigrés : mon père, arrivé en France dans les années trente, a été déporté de France, ce qui explique qu’il n’avait pas que des sentiments amicaux pour ce pays. Ses parents, dénoncés par un passeur, étaient trop vieux pour survivre à Auschwitz. Il a rencontré ma mère, qui venait de Pologne, à son retour d’Auschwitz. Nous avons bénéficié d’une naturalisation collective lorsque j’avais un an. Je ne suis donc pas tout à fait Français de naissance. Leur langue maternelle était le polonais (et le yiddish pour mon père). Ils m’ont mis à l’école, ils voulaient que je m’assimile, sans rien perdre de mon identité, en tout cas du sentiment d’être Juif. Le terme d’israélite avait disparu, au lendemain de la guerre. À aucun moment je n’ai ressenti une pression pour me fondre dans la masse.<br />
Rétrospectivement, l’assimilation constituait pour moi la proposition d’assimiler une partie importante de la culture française et l’on n’assimile pas tout par l’école, c’est vrai. Voilà pourquoi je ne supporte pas la polémique autour des « Français de souche », dont j’ai été victime dans l’émission Des Paroles et des actes, animée par David Pujadas, face à Manuel Valls, mettant en avant, avec optimisme, l’intégration que nous représentions tous les trois. Je lui ai répondu : « oui, mais n’oublions pas les Français de souche », ce qui déclencha l’indignation de deux hiérarques socialistes auprès du CSA. Aurélie Filipetti a recommencé à propos de l’usage de cette expression par François Hollande, citant la fameuse phrase de Camus : « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». En l’occurrence, aujourd’hui c’est nommer les choses qui deviendrait criminel : on ne peut plus rien nommer, rien dire !<br />
Je suis devenu Français par l’école. L’égalité doit être juridique, mais qu’il y ait des différences par l’imprégnation, c’est normal. Pour moi, l’assimilation n’était pas un carcan, mais un don. Je constate qu’aujourd’hui, même l’intégration est remise en cause.<br />
Le rapport de 2013 de Thierry Tuot, conseiller d’État, au Premier ministre sur la refondation des politiques d’intégration est révélateur. Sous le titre La grande nation pour une société inclusive, il traduit un état d’esprit extrêmement répandu, en s’en prenant à « la célébration angoissée du passé révolu d’une France chevrotante confite dans une tradition imaginaire », qui doit être écartée, au profit de « l’inclusion », laquelle ne demande rien à l’autre, sinon de s’épanouir tel qu’il est dans une société…</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong> M. Gérard Larcher </strong> – Où il n’y a plus de socle commun…</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong> M. Alain Finkielkraut. </strong> &#8211; Oui, et l’identité française est contrainte de se faire toute petite pour ne pas empêcher les autres de persévérer dans leur être. Cela me paraît complètement fou : il y a un héritage commun, que la France offre aux nouveaux arrivants et il faut continuer.<br />
Pour en revenir au 11 janvier, certains de ceux que l’on appelle les « jeunes » n’ont pas compris que l’on autorise le blasphème, qu’il soit permis d’offenser leur « Prophète ». Désormais, tout le monde ne vit pas à la même heure. En France, il y a longtemps que le blasphème est devenu un crime sans victime. Certes, il a fallu passer par Voltaire, le chevalier de La Barre. On étudie, ou l’on étudiait, Dom Juan, grand blasphémateur, mais entre Don Juan et le Commandeur, on choisissait Don Juan. Eh bien, il y a des élèves qui optent désormais pour le Commandeur…<br />
Il n’y a pas de synchronie, de synchronisation. Il faut au moins que, dans un même pays, l’on soit synchronisé, que l’on vive au même rythme la même histoire. Il ne s’agit pas de faire perdre aux gens leur identité, mais de leur offrir un héritage dans lequel ils peuvent s’inscrire. L’hospitalité consiste à offrir quelque chose : la France a un grand héritage, qui ne commence pas avec les valeurs républicaines, qu’il faudrait prêcher. Cet héritage extraordinaire est littéraire, culturel, architectural, historique. Je suis Juif, mais j’adore les magnifiques églises des villages de Dordogne, qui sont un privilège pour tout le monde et n’insultent personne. Elles sont offertes à tous.<br />
Max Horkheimer, de l’école de Francfort, avait forgé le terme de non-contemporanéité des contemporains : nous y sommes, sur un même territoire. Cela cause des problèmes. Ne nous mettons pas à l’heure des autres : aux autres de se mettre à l’heure française ! Voilà pourquoi je propose ce mot de synchronisation.</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong> M. Gérard Larcher </strong> – Que penser d’un ministre de la fonction publique qui dans le cadre de la réforme du concours de l’ENA, supprime, l’an dernier, l’épreuve d’histoire, qui n’était certes qu’une épreuve facultative ?</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong> M. Alain Finkielkraut. </strong> &#8211; C’est terrible…. – Déjà, la culture générale est supprimée de certains concours administratifs sous le même prétexte. C’est ainsi que l’on raisonne à l’école, dans le primaire, le secondaire et dans le supérieur. Cela a commencé avec Les Héritiers, de Pierre Bourdieu. Il y a des gens qui sont un peu avantagés, parce qu’ils ont une bibliothèque à la maison, et que leurs parents les amènent au théâtre, au musée, etc. Pour lutter contre cet avantage indu, on réduit l’héritage à sa plus simple expression, au nom d’une idée égalitariste, à rebours de l’idée républicaine, laquelle consiste à offrir cet héritage à un maximum de gens. Du coup, on en arrive à l’enseignement de l’ignorance !<br />
Il ne s’agit pas d’embellir notre histoire nationale, mais de la connaître, de savoir, lorsque l’on passe devant l’Assemblée nationale, qui sont Sully, le chancelier d’Aguesseau, Colbert, et Michel de L’Hospital. Ce sont des repères. Le vivre ensemble est d’abord un monde commun : préservons-le par la transmission, par l’histoire.<br />
Le niveau lacunaire en histoire est dû aussi à la forme actuelle de l’enseignement de l’histoire, par blocs civilisationels, une forme compliquée, à laquelle on ne comprend plus rien, la chronologie ayant disparu. Il faut revenir à l’histoire de France, qui a toujours été ouverte sur l’histoire de l’Europe et du monde.  Ces évidences ont été perdues de vue, pour des raisons idéologiques…</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong> M. Gérard Larcher </strong> – Et en raison d’une folie collective ! Nous sommes nés la même année. Ce que vous dites me fait penser au système éducatif qui m’a formé…</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong> M. Alain Finkielkraut. </strong> &#8211; Le concours de vétérinaire est l’un des plus difficiles…</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong> M. Gérard Larcher </strong> – Moins que l’ENA, sans doute, mais il comportait une épreuve de philosophie des sciences… Quel est votre regard sur l’Islam ? J’ai relu l’histoire de la laïcité en France de 1890 à 1914 : ce fut une période terrible…notamment pour les congrégations.</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong> M. Alain Finkielkraut. </strong> &#8211; Oui. Les catholiques ont souffert !</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong> M. Gérard Larcher </strong> – Je rentre de Russie, où l’Islam extrême est aussi un sujet de préoccupation, bien qu’il soit traité selon des méthodes propres à M. Kadyrov…</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong> M. Alain Finkielkraut. </strong> &#8211; …qui ne sont évidemment pas transposables. En Tchétchénie,  plusieurs centaines de milliers de manifestants ont défilé, à l’instigation du pouvoir mis en place par M. Poutine, contre Charlie. Ne nous inspirons pas de l’exemple russe !<br />
Je n’ai pas de compétence particulière en la matière, mais je pense que l’on ne peut prétendre, comme le président de la République, que les attentats n’ont rien à voir avec la religion musulmane. Bien sûr que si ! Si des gens meurent au nom de l’Islam, cela a quelque chose à voir avec l’Islam. Alain Juppé a dit : « ces gens sont sans foi ni loi » : Non ! Ils sont capables de mourir en raison d’une foi fanatique, qui a été analysée par la philosophie des Lumières. Y a-t-il un Islam des Lumières ? Il faut distinguer l’Islam et le fanatisme islamiste.<br />
Le « pas d’amalgame » ne doit pas nous interdire de penser, mais je suis inquiet que les trois religions du Livre ne puissent pas vraiment dialoguer. Il y a un contentieux entre Juifs et Chrétiens, mais il y a la Bible, les catholiques ne doutent pas de la réalité de l’Ancien Testament et le dialogue existe. Le problème, avec l’Islam, c’est qu’il estime que les Juifs et les Chrétiens ont falsifié leurs Écritures, donc que ce sont des menteurs. Dès lors, le dialogue religieux me paraît difficile.<br />
On peut se répandre en bons sentiments, se réconcilier sur le perron de l’Élysée,  tant mieux, mais demeure, avec l’Islam, cette difficulté, qui a été analysée par Claude Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques : son livre est d’une sévérité extrême, à tel point qu’il serait aujourd’hui poursuivi par toutes les associations, peut-être même par le MRAP… Il soutient en substance que c’est la religion qui récapitule toutes les autres et les rend inutiles. Cette difficulté ne pourra être surmontée, que le jour où l’Islam acceptera l’apostasie, considérée comme un crime, ce qui explique que les conversions ne jouent qu’en sens unique. Si un homme ou une femme, catholique ou protestante ou juive, rencontre un musulman, il ou elle doit se convertir à l’Islam. L’inverse n’est pas possible…</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong> M. Gérard Larcher </strong> – Ou invivable…</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong> M. Alain Finkielkraut. </strong> &#8211; Oui, je sais très bien que les Juifs s’inquiètent des mariages mixtes, parce que c’est un peuple qui a peur de disparaître, mais c’est la vie et l’apostasie n’est pas un crime. Il faut réclamer à l’Islam l’autorisation de l’apostasie.</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong> M. Gérard Larcher </strong> – Marcel Gauchet nous disait que l’Islam en est encore au stade pré-critique.</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong> M. Alain Finkielkraut. </strong> &#8211; Oui, et c’est encore une question de synchronisation. Nous sommes la religion de la sortie de la religion, pour parler comme Gauchet, nous sommes sécularisés et l’Islam n’en est pas là du tout, d’où ce décalage temporel, historique. Il faut que nos montres indiquent la même heure et elles commenceront à le faire si l’Islam accepte l’apostasie.<br />
Mais l’islam a d’autant plus le vent en poupe que toutes les formes de nationalisme arabe ont été battues en brèche. On peut voir sur Youtube une scène extraordinaire où Nasser, en 1956 ou 1957, raconte aux militants de son parti que le chef des Frères musulmans  souhaite que les femmes égyptiennes soient voilées : il provoque immédiatement un éclat de rire général ! Cela leur paraissait aberrant, parce que l’aspiration nationale existait. Le califat, certes contesté, représente aujourd’hui ce grand rêve panislamique, qui correspond à une aspiration identitaire et qui a des répercussions en France. Ce mouvement va en sens inverse de l’ancrage national dont parle Thibaud.</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong> M. Gérard Larcher </strong> – L’Islam, tout comme le christianisme, ne peut pas être la première identité…</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong> M. Alain Finkielkraut. </strong> &#8211; En effet. La France doit être une identité et pas une carte d’identité, qu’elle est pour beaucoup, d’où l’expression « séfran » : pour beaucoup de Français, les Français, ce sont les autres !</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong> M. Gérard Larcher </strong> – Revenons-en à l’école. Quel rôle peut-elle jouer pour l’identité, l’assimilation, la « synchronisation » que vous avez évoquée, pour éviter la francophobie ? Comment faire en sorte qu’elle soit francophile ?</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong> M. Alain Finkielkraut. </strong> &#8211; Pas en enseignant les valeurs, même si celles-ci peuvent être prêchées, sans grand effet, à mon avis, sur les élèves. Mais en réintroduisant la rigueur, l’exigence, l’autorité des maîtres, incompatible avec l’interdiction du redoublement. Tous les efforts doivent être faits en faveur d’un apprentissage de la langue française, dans toute son ampleur, toutes ses nuances, une langue habitée par la littérature. Or elle a été sacrifiée, comme en témoignent les recommandations aux examinateurs…<br />
L’assimilation passera par une connaissance commune de la langue,  mais le climat n’est pas favorable. Une étude vient d’être publiée qui montre,  ce qui inquiète les médecins du sommeil, que les enfants et les adolescents ne lisent plus : ils sont de petites Poucettes, au sens de Michel Serres, connectés toute la nuit, réveillés par des messages, ce qui nuit à leur sommeil, donc à leurs apprentissages. Vous ne pouvez apprendre la langue à des élèves qui ne lisent plus…La langue orale doit être habitée par la langue écrite. La situation risque d’empirer et je ne suis pas sûr que la numérisation de l’école soit la solution. Comment déconnecter nos enfants ? Telle est la question que tout le monde se pose et le Gouvernement prétend, en allant chercher Xavier Niel, qu’il faut les connecter à l’école ! Je crains que cela n’accélère la catastrophe.<br />
L’assimilation, c’est d’abord la langue. Après viennent les enseignements fondamentaux, ce que l’on appelait autrefois les humanités, la littérature et, bien sûr, l’histoire.</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong> M. Gérard Larcher </strong> – Pensez-vous que  les déficiences de l’enseignement de l’histoire expliquent la perte des repères, de l’identité ?</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong> M. Alain Finkielkraut. </strong> &#8211; Oui, bien sûr : si seul le présent existe, il n’y a plus rien. Renan disait que la Nation était « la volonté de faire valoir cet héritage indivis ». S’il est pulvérisé, il n’y a plus de Nation…</p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong> M. Gérard Larcher </strong> – Il est indivis, il est à transmettre et il s’enrichit. Cela est passionnant.</p>
<p><i class="fa fa-hand-o-right"></i> <strong> M. Alain Finkielkraut. </strong> &#8211; C’est vrai. </p>
<p><i class="fa fa-user"></i> <strong> M. Gérard Larcher </strong> – Merci</p>
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